20/04/2009

Dépeçage industriel à Florange avec la bénédiction de la Commission de Bruxelles

arton49-91af9.jpgPar Nicolas Dupont-Aignan

Le vendredi 17 avril


J'étais ce matin à Florange sur le site sidérurgique d'Arcelor/Mittal qui vient de décider de fermer pour une période indéterminée les hauts-fourneaux.

J'ai pu rencontrer les représentants syndicaux qui, comme tous les salariés, sont inquiets. Cette fermeture est-elle temporaire comme veut le faire croire le groupe, où s'agit-il de la liquidation après Gandrange d'un fleuron de la sidérurgie française ?

Après les promesses non tenues du Président de la République qui était venu, souvenons nous en, sur place dire aux ouvriers « comme voyage de noces on fait mieux, je suis là car je ne vous oublierai jamais », on comprend leur écœurement. Toute parole publique est décrédibilisée car même le chef de l'Etat s'est révélé impuissant face au roi de l'acier Mr Mittal.

Quand on étudie le dossier, on est d'autant plus scandalisé que la filière sidérurgique de Lorraine est l'une des plus performante au monde pour les aciers les plus élaborés. En vérité, comme je l'avais dit dans l'indifférence générale à l'époque de l'OPA de Mittal sur Arcelor, la France, par naïveté, a laissé Mittal s'emparer d'une société renflouée avec les fonds publics qui bénéficiait de savoir-faire inégalés. Mittal a pillé ces savoir-faire et maintenant jette comme un kleenex les sites et les hommes qui les mettent en œuvre.

A l'époque, quand je demandais le blocage de l'OPA, le gouvernement m'expliquait que l'on ne pouvait rien faire car l'Union européenne nous aurait accusés de patriotisme économique excessif et nous aurions été condamnés par la Cour de Justice.

On entendait aussi à Bruxelles des commissaires expliquer que l'UE « n'a pas besoin de champions nationaux ni de champions européens, mais de groupes mondiaux présents en Europe » ! Nous avons sous les yeux le sens concret de ce que signifient ces politiques criminelles.

Le cas Mittal en est, à cet égard, emblématique : la multinationale indienne, après avoir fait main basse sur notre recherche / développement sidérurgique et tué un concurrent de taille, sacrifie les sites européens pour se redéployer vers d'autres contrées ou vers d'autres secteurs d'activités plus rentables.

L'Allemagne a été moins naïve en protégeant son industrie sidérurgique car elle avait compris que sa filière automobile a besoin de producteurs d'acier allemands.

Si le gouvernement laisse fermer définitivement les hauts-fourneaux de Florange, ce sont les 10 000 emplois de la filière en Lorraine qui disparaîtront à brève échéance. Ce serait criminel pour ce bassin industriel déjà exsangue d'emplois et qui ne pourra pas éternellement compter sur ceux qui sont offerts à Luxembourg, crise financière oblige.

Raison de plus pour défendre une autre politique industrielle à la fois nationale et européenne : - un protectionnisme raisonnable aux frontières de l'Europe, - des investissements massifs dans les filières de haute technologie, - un contrôle des OPA et la création de champions nationaux ou européens.

L'effort à fournir est considérable mais la France en est capable. Encore faut-il que ses dirigeants en aient la volonté ! Si Christine Lagarde s'était elle aussi rendue ce matin à Florange, elle aurait pu se rendre compte de la réalité de la situation... et au moins secouer son Cabinet ministériel pour qu'il réponde à une lettre envoyée par les élus locaux de Florange, restée sans réponse depuis plus d'un mois et demi.

02/04/2009

Adieu "fraternité", bonjour "diversité" !

124548554.jpgD'ici une une dizaine de jours, Yazid Sabeg, le nouveau commissaire « à la Diversité et à l’Egalité des chances », proposera officiellement à Nicolas Sarkozy de soumettre au Parlement un projet de loi « visant à rendre licite la mesure de la diversité ».


Il s’agirait concrètement, au nom de la lutte contre les discriminations, d’autoriser des « statistiques ethniques ». Même si Yazid Sabeg, conscient de toucher ici à un sujet particulièrement brûlant, a tenu à préciser que les enquêtes se fonderaient, non pas sur des critères objectifs (couleur de peau, patronymes), mais sur des critères subjectifs (le sentiment d’appartenance à une communauté). « Il s’agit de demander aux personnes comment elles se définissent, ce qu’elles ressentent » déclare-t-il ainsi. Qui plus est, ces enquêtes, dont il a confié le soin à une commission d’en élaborer les modalités, se baseraient sur le volontariat et l’anonymat.


Des statistiques ethniques préludes au règne des ethnies


Si Yazid Sabeg se veut rassurant, et se garde bien de parler de « statistiques ethniques », c’est bien de cela qu’il s’agit. Repérer et distinguer aux yeux de la loi des individus à raison d’une appartenance ethnique, qu’elle soit réelle ou ressentie, revient au même danger : celui de tuer une communauté nationale qui ne connaît et ne reconnaît que des citoyens, tous égaux devant la loi, passant outre les origines et les différences de chacun. Une communauté remplacée par une multitude de tribus et d’ethnies dans lesquels les citoyens sont désormais priés de se ranger, prisonniers qu’ils sont de leurs origines et de leurs faciès.


La distinction des citoyens en fonction de communautés, réelle ou supposée, est quoiqu’il en soit un non-sens dans le cadre d’une lutte contre les discriminations. Comment peut-on sérieusement croire qu’on peut lutter contre des facteurs discriminants en officialisant ceux-ci via des statistiques ethniques ? Comment peut-on sérieusement croire qu’on rendra les citoyens égaux si l’on ne cesse de pointer leurs origines et leurs faciès, et de les encourager à se définir seulement vis-à-vis d’eux ? Comment, enfin, ne pas craindre que de s’appuyer sur des « ressentis » galvanisera une victimisation dont les groupuscules ethnicistes savent si bien exploiter ?


C’est à ce jeu dangereux auquel s’adonne Monsieur Sabeg, alors même qu’il est prouvé que les statistiques ethniques, par exemple aux Etats-Unis, n’ont jamais permis de gros progrès dans la lutte contre les discriminations. Pas plus que la « discrimination positive », son corollaire, dont Yazid Sabeg est un chaud partisan.


La discrimination positive ou l’obsession raciale contre la méritocratie


Une « discrimination positive » elle aussi à l’ordre du jour en France, impulsée par un Président qui promettait de redonner des couleurs à la méritocratie. En régime méritocratique, si la couleur de la peau et/ou les origines ne devraient pas être un handicap, elles ne devraient non plus jamais être un avantage acquis, un accélérateur social, comme dans le cas de la « discrimination positive ». Dans les deux cas, c’est offrir à ces facteurs discriminants un rôle décisif. Et il est de bon sens de penser que de donner une promotion ou un avantage à quelqu’un parce qu’il est noir, arabe ou autre, c’est le refuser à un autre parce qu’il ne l’est pas.


Derrière ces prétendues luttes contre les discriminations, derrière cette promotion tous azimuts de la sainte « diversité », se cachent en réalité des velléités antirépublicaines et communautaristes. Des velléités que l’UMP et le PS prennent soin d’encourager, leur permettant ainsi d’évacuer une bonne fois pour toute la question sociale.


En effet, quand on parle et prône la « diversité », il n’est jamais question de « diversité » sociale, ou encore des opinions. Non. La « diversité » est toujours ethnique. Les personnes « issus de la diversité », qu’il faut, selon cette doxa, voir davantage accéder aux manettes du pouvoir, sont toujours des personnes issues de l’immigration, essentiellement les Noirs et les Maghrébins. Jamais un ouvrier, jamais un pauvre campagnard ne sera considéré comme telle. Jamais Martine Aubry, par exemple, qui souhaite instaurer de la « diversité » dans les listes du PS pour les prochaines élections européennes, n’entend par là y intégrer des ouvriers, des gens issus des couches sociales modestes. Ce serait évidemment un sacrilège. La seule « diversité » qui vaille, la seule « diversité » à encourager, est évidemment celle du taux de mélanine dans l’épiderme !


Il y en a même, dont il faut saluer l’honnêteté de leurs intentions, qui proposent ni plus ni moins que de remplacer la vieillotte « fraternité » par la si moderne « diversité » dans la devise républicaine. Une « diversité » qui entend ségréger les citoyens selon leurs faciès et leurs origines, plutôt qu’une « fraternité » qui entend rassembler les citoyens au-delà de leurs différences, voilà qui voudrait tout dire !


Une « diversité » pour mieux en finir avec la question sociale


Comme le démontre fort bien Walter Benn Michaels, l’auteur de « La Diversité contre l’égalité », un ouvrage paru récemment, « la ‘diversité’ n’est pas un moyen d’instaurer l’égalité, mais une méthode de gestion de l’inégalité ». Nos gouvernants ayant renoncé à mettre fin aux inégalités sociales, ils entendent détourner notre regard sur celles-ci en focalisant les débats sur la quête de la « diversité ». Une « diversité » qui ne permet au mieux que de « diversifier » le faciès et les origines des tenants du pouvoir, sans déranger aucunement le système économique inique actuel. Une « diversité » qui fait figure en somme de « gauchisme des classes supérieures », pour reprendre l’expression de Michaels, qui souhaitent faire oublier leurs privilèges et se libérer de toute culpabilité.


Yazid Sabeg est lui-même un pur symbole de cette « diversité » au service du néolibéralisme. Grand patron, il est un membre éminent de l’aristocratie économique, une aristocratie dont il partage les intérêts et les valeurs, et dont il ne se distingue de ses congénères que par son faciès. Ainsi, quand il prétend avoir l’objectif de mettre en pratique « l’égalité des chances » dans notre pays, c’est évidemment d’une pathétique malhonnêteté intellectuelle.


Morcellement de la nation républicaine en communautés ethniques rivales, dissolution de la question sociale : telles sont les vraies intentions que sous-entend la quête de « diversité ». Une « diversité » qu’il est plus que jamais nécessaire de démasquer et de combattre comme il se doit.

L'esprit Républicain