04/05/2009

A quand le retour de la Nation et de la République dans les défilés du 1er mai ?

marianne1.jpgLe charme des manifestations marseillaises du 1er mai, c’est qu’il fait beau, et que cela se termine à l’heure du pastis, laissant l’après-midi de libre. Ce matin, j’ai donc regardé le défilé traditionnel des forces qui incarnent le mouvement social.

Côté syndical, rien de surprenant, la CGT assure facilement 80 % des forces du cortège.

Sans doute une spécificité marseillaise, le syndicat Force ouvrière n’était pas de la manifestation. Un cortège de l’Unsa, de la CFTC (j’avoue que je ne comprends pas, en 2009, le sens d’un syndicat des travailleurs chrétiens), de la CFDT, suivi des syndicats enseignants, de quelques associations réclamant en même temps le droit au logement et la régularisation de tous les sans-papiers, et des organisations d’extrême gauche, de la mouvance anarchiste (CNT) à la mouvance trotskiste (NPA, Lutte ouvrière). Le mot d’ordre de NPA était : "Ils sont seuls, et nous sommes des milliards !" Je ne pus m’empêcher de dire à un de leurs militants que si cela se posait ainsi, cela ne serait pas difficile de gagner.

Si la CGT était la plus nombreuse, son cortège était davantage convivial que combatif. Les embrassades, les éclats de rire et les grandes bourrades viriles étaient bien plus nombreuses que la reprise des mots d’ordre écrits sur les banderoles : augmentation des salaires, des retraites, défense de l’emploi et des services publics.

Dans les autres cortèges syndicaux, c’était aussi silencieux. Seul un cortège syndical, animé par des militants de la FSU, au milieu des étudiants de l’IUFM appelait curieusement nos futurs enseignants à l’insurrection, et à jeter des pavés contre les députés, au Parlement, ce qui paraît un mot d’ordre curieux pour une organisation syndicale enseignante….

Des militants de NPA et du Front de Gauche (PCF et Parti de gauche de Mélenchon) distribuaient des tracts, tout au long du cortège, appelant à une autre Europe.

Une chorale de femmes assurait une animation musicale remarquable, allant de L’Internationale à Bella Ciao, en passant par le chiffon rouge.

Michel Vauzelle, président socialiste du Conseil régional Paca, remontait la manifestation, et serrait beaucoup de mains, paraissant très apprécié par les militants syndicaux.

Je n’ai vu qu’un élu affichant l’écharpe bleu blanc rouge, et aucun drapeau tricolore. Il est vrai que la seule fois, un 1er mai, où j’ai vu des drapeaux bleu blanc rouge en masse, cela était le 1er mai 2002, entre les deux tours de la présidentielle.

Le Pen étant au deuxième tour, toute la mouvance de la gauche socialiste, de SOS Racisme au MJS avait sorti, conseillée par Julien Dray, les drapeaux tricolores ! Pour une fois, une frange de la gauche contestait la Nation au Front national. Il n’y eut pas de lendemain.

Pourtant, quand j’entendais les militants défendre le service public, j’aurai trouvé bien qu’on fasse référence au Conseil National de la Résistance, à ses valeurs républicaines, et qu’on sorte le drapeau bleu blanc rouge.

Toujours sur le service public, j’aurais trouvé bien que les militants expliquent que la logique de Bruxelles, favorable à la libre concurrence et au libre échange, rend impossible toute défense du service public, et qu’il faut sortir de cette Europe, pour que cela redevienne possible. Seule la défense de la souveraineté nationale rend possible la défense du service public, et là encore, le drapeau bleu blanc rouge avait toute sa place, aux côtés des drapeaux rouges.

J’aurais trouvé magnifique que la chorale de femmes chante « La Marseillaise », et le « Chant des Partisans » entre l’Internationale et Bella Ciao.

J’aurais aimé, à cinq semaines des Européennes, entendre remise en cause la politique de Bruxelles, le viol de notre vote du 29 mai 2005. Pourquoi le mouvement syndical n’est-il plus capable de défendre une politique protectionniste qui s’oppose au libre échange voulu par les possédants ? Comment lutter contre les délocalisations, dans ce contexte ?

Quand je discutais – parfois vivement – avec des militants du NPA ou de Front de Gauche, les interpellant sur leur mot d’ordre « construire une autre Europe », en leur disant que c’était une imposture de laisser croire que cela soit possible, j’eus rapidement la confirmation qu’ils ne voulaient surtout pas qu’on puisse mettre en avant un mot d’ordre qui aurait remis au premier plan la défense de la République et de la Nation.

Ils préfèrent avancer des mots d’ordre totalement utopistes, au sein d’une Europe à 27, que de remettre la souveraineté populaire au cœur du mouvement social.

Pourtant, remettre la Nation au coeur du combat social, ce serait, pour les syndicalistes, la seule façon de protéger le salariat, français et étranger, des conséquences de la mondialisation libérale, dont l’Union européenne est le fidèle relais.

 

Pierre Cassen, Riposte Laïque


Lire l’article Vive la Nation ! de Georges Gastaud, paru sur le site du Comité Valmy :

http://www.comite-valmy.org/spip.php ?article236

Lire également cet article, également sur le site Valmy, écrit par un résistant FTP, intitulé : "Un torche-cul, le drapeau tricolore ?"

http://www.ripostelaique.com/Un-torche-cul-le-drapeau-tri...

20/04/2009

Dépeçage industriel à Florange avec la bénédiction de la Commission de Bruxelles

arton49-91af9.jpgPar Nicolas Dupont-Aignan

Le vendredi 17 avril


J'étais ce matin à Florange sur le site sidérurgique d'Arcelor/Mittal qui vient de décider de fermer pour une période indéterminée les hauts-fourneaux.

J'ai pu rencontrer les représentants syndicaux qui, comme tous les salariés, sont inquiets. Cette fermeture est-elle temporaire comme veut le faire croire le groupe, où s'agit-il de la liquidation après Gandrange d'un fleuron de la sidérurgie française ?

Après les promesses non tenues du Président de la République qui était venu, souvenons nous en, sur place dire aux ouvriers « comme voyage de noces on fait mieux, je suis là car je ne vous oublierai jamais », on comprend leur écœurement. Toute parole publique est décrédibilisée car même le chef de l'Etat s'est révélé impuissant face au roi de l'acier Mr Mittal.

Quand on étudie le dossier, on est d'autant plus scandalisé que la filière sidérurgique de Lorraine est l'une des plus performante au monde pour les aciers les plus élaborés. En vérité, comme je l'avais dit dans l'indifférence générale à l'époque de l'OPA de Mittal sur Arcelor, la France, par naïveté, a laissé Mittal s'emparer d'une société renflouée avec les fonds publics qui bénéficiait de savoir-faire inégalés. Mittal a pillé ces savoir-faire et maintenant jette comme un kleenex les sites et les hommes qui les mettent en œuvre.

A l'époque, quand je demandais le blocage de l'OPA, le gouvernement m'expliquait que l'on ne pouvait rien faire car l'Union européenne nous aurait accusés de patriotisme économique excessif et nous aurions été condamnés par la Cour de Justice.

On entendait aussi à Bruxelles des commissaires expliquer que l'UE « n'a pas besoin de champions nationaux ni de champions européens, mais de groupes mondiaux présents en Europe » ! Nous avons sous les yeux le sens concret de ce que signifient ces politiques criminelles.

Le cas Mittal en est, à cet égard, emblématique : la multinationale indienne, après avoir fait main basse sur notre recherche / développement sidérurgique et tué un concurrent de taille, sacrifie les sites européens pour se redéployer vers d'autres contrées ou vers d'autres secteurs d'activités plus rentables.

L'Allemagne a été moins naïve en protégeant son industrie sidérurgique car elle avait compris que sa filière automobile a besoin de producteurs d'acier allemands.

Si le gouvernement laisse fermer définitivement les hauts-fourneaux de Florange, ce sont les 10 000 emplois de la filière en Lorraine qui disparaîtront à brève échéance. Ce serait criminel pour ce bassin industriel déjà exsangue d'emplois et qui ne pourra pas éternellement compter sur ceux qui sont offerts à Luxembourg, crise financière oblige.

Raison de plus pour défendre une autre politique industrielle à la fois nationale et européenne : - un protectionnisme raisonnable aux frontières de l'Europe, - des investissements massifs dans les filières de haute technologie, - un contrôle des OPA et la création de champions nationaux ou européens.

L'effort à fournir est considérable mais la France en est capable. Encore faut-il que ses dirigeants en aient la volonté ! Si Christine Lagarde s'était elle aussi rendue ce matin à Florange, elle aurait pu se rendre compte de la réalité de la situation... et au moins secouer son Cabinet ministériel pour qu'il réponde à une lettre envoyée par les élus locaux de Florange, restée sans réponse depuis plus d'un mois et demi.

02/04/2009

Adieu "fraternité", bonjour "diversité" !

124548554.jpgD'ici une une dizaine de jours, Yazid Sabeg, le nouveau commissaire « à la Diversité et à l’Egalité des chances », proposera officiellement à Nicolas Sarkozy de soumettre au Parlement un projet de loi « visant à rendre licite la mesure de la diversité ».


Il s’agirait concrètement, au nom de la lutte contre les discriminations, d’autoriser des « statistiques ethniques ». Même si Yazid Sabeg, conscient de toucher ici à un sujet particulièrement brûlant, a tenu à préciser que les enquêtes se fonderaient, non pas sur des critères objectifs (couleur de peau, patronymes), mais sur des critères subjectifs (le sentiment d’appartenance à une communauté). « Il s’agit de demander aux personnes comment elles se définissent, ce qu’elles ressentent » déclare-t-il ainsi. Qui plus est, ces enquêtes, dont il a confié le soin à une commission d’en élaborer les modalités, se baseraient sur le volontariat et l’anonymat.


Des statistiques ethniques préludes au règne des ethnies


Si Yazid Sabeg se veut rassurant, et se garde bien de parler de « statistiques ethniques », c’est bien de cela qu’il s’agit. Repérer et distinguer aux yeux de la loi des individus à raison d’une appartenance ethnique, qu’elle soit réelle ou ressentie, revient au même danger : celui de tuer une communauté nationale qui ne connaît et ne reconnaît que des citoyens, tous égaux devant la loi, passant outre les origines et les différences de chacun. Une communauté remplacée par une multitude de tribus et d’ethnies dans lesquels les citoyens sont désormais priés de se ranger, prisonniers qu’ils sont de leurs origines et de leurs faciès.


La distinction des citoyens en fonction de communautés, réelle ou supposée, est quoiqu’il en soit un non-sens dans le cadre d’une lutte contre les discriminations. Comment peut-on sérieusement croire qu’on peut lutter contre des facteurs discriminants en officialisant ceux-ci via des statistiques ethniques ? Comment peut-on sérieusement croire qu’on rendra les citoyens égaux si l’on ne cesse de pointer leurs origines et leurs faciès, et de les encourager à se définir seulement vis-à-vis d’eux ? Comment, enfin, ne pas craindre que de s’appuyer sur des « ressentis » galvanisera une victimisation dont les groupuscules ethnicistes savent si bien exploiter ?


C’est à ce jeu dangereux auquel s’adonne Monsieur Sabeg, alors même qu’il est prouvé que les statistiques ethniques, par exemple aux Etats-Unis, n’ont jamais permis de gros progrès dans la lutte contre les discriminations. Pas plus que la « discrimination positive », son corollaire, dont Yazid Sabeg est un chaud partisan.


La discrimination positive ou l’obsession raciale contre la méritocratie


Une « discrimination positive » elle aussi à l’ordre du jour en France, impulsée par un Président qui promettait de redonner des couleurs à la méritocratie. En régime méritocratique, si la couleur de la peau et/ou les origines ne devraient pas être un handicap, elles ne devraient non plus jamais être un avantage acquis, un accélérateur social, comme dans le cas de la « discrimination positive ». Dans les deux cas, c’est offrir à ces facteurs discriminants un rôle décisif. Et il est de bon sens de penser que de donner une promotion ou un avantage à quelqu’un parce qu’il est noir, arabe ou autre, c’est le refuser à un autre parce qu’il ne l’est pas.


Derrière ces prétendues luttes contre les discriminations, derrière cette promotion tous azimuts de la sainte « diversité », se cachent en réalité des velléités antirépublicaines et communautaristes. Des velléités que l’UMP et le PS prennent soin d’encourager, leur permettant ainsi d’évacuer une bonne fois pour toute la question sociale.


En effet, quand on parle et prône la « diversité », il n’est jamais question de « diversité » sociale, ou encore des opinions. Non. La « diversité » est toujours ethnique. Les personnes « issus de la diversité », qu’il faut, selon cette doxa, voir davantage accéder aux manettes du pouvoir, sont toujours des personnes issues de l’immigration, essentiellement les Noirs et les Maghrébins. Jamais un ouvrier, jamais un pauvre campagnard ne sera considéré comme telle. Jamais Martine Aubry, par exemple, qui souhaite instaurer de la « diversité » dans les listes du PS pour les prochaines élections européennes, n’entend par là y intégrer des ouvriers, des gens issus des couches sociales modestes. Ce serait évidemment un sacrilège. La seule « diversité » qui vaille, la seule « diversité » à encourager, est évidemment celle du taux de mélanine dans l’épiderme !


Il y en a même, dont il faut saluer l’honnêteté de leurs intentions, qui proposent ni plus ni moins que de remplacer la vieillotte « fraternité » par la si moderne « diversité » dans la devise républicaine. Une « diversité » qui entend ségréger les citoyens selon leurs faciès et leurs origines, plutôt qu’une « fraternité » qui entend rassembler les citoyens au-delà de leurs différences, voilà qui voudrait tout dire !


Une « diversité » pour mieux en finir avec la question sociale


Comme le démontre fort bien Walter Benn Michaels, l’auteur de « La Diversité contre l’égalité », un ouvrage paru récemment, « la ‘diversité’ n’est pas un moyen d’instaurer l’égalité, mais une méthode de gestion de l’inégalité ». Nos gouvernants ayant renoncé à mettre fin aux inégalités sociales, ils entendent détourner notre regard sur celles-ci en focalisant les débats sur la quête de la « diversité ». Une « diversité » qui ne permet au mieux que de « diversifier » le faciès et les origines des tenants du pouvoir, sans déranger aucunement le système économique inique actuel. Une « diversité » qui fait figure en somme de « gauchisme des classes supérieures », pour reprendre l’expression de Michaels, qui souhaitent faire oublier leurs privilèges et se libérer de toute culpabilité.


Yazid Sabeg est lui-même un pur symbole de cette « diversité » au service du néolibéralisme. Grand patron, il est un membre éminent de l’aristocratie économique, une aristocratie dont il partage les intérêts et les valeurs, et dont il ne se distingue de ses congénères que par son faciès. Ainsi, quand il prétend avoir l’objectif de mettre en pratique « l’égalité des chances » dans notre pays, c’est évidemment d’une pathétique malhonnêteté intellectuelle.


Morcellement de la nation républicaine en communautés ethniques rivales, dissolution de la question sociale : telles sont les vraies intentions que sous-entend la quête de « diversité ». Une « diversité » qu’il est plus que jamais nécessaire de démasquer et de combattre comme il se doit.

L'esprit Républicain