04/05/2009
A quand le retour de la Nation et de la République dans les défilés du 1er mai ?
Le charme des manifestations marseillaises du 1er mai, c’est qu’il fait beau, et que cela se termine à l’heure du pastis, laissant l’après-midi de libre. Ce matin, j’ai donc regardé le défilé traditionnel des forces qui incarnent le mouvement social.
Côté syndical, rien de surprenant, la CGT assure facilement 80 % des forces du cortège.
Sans doute une spécificité marseillaise, le syndicat Force ouvrière n’était pas de la manifestation. Un cortège de l’Unsa, de la CFTC (j’avoue que je ne comprends pas, en 2009, le sens d’un syndicat des travailleurs chrétiens), de la CFDT, suivi des syndicats enseignants, de quelques associations réclamant en même temps le droit au logement et la régularisation de tous les sans-papiers, et des organisations d’extrême gauche, de la mouvance anarchiste (CNT) à la mouvance trotskiste (NPA, Lutte ouvrière). Le mot d’ordre de NPA était : "Ils sont seuls, et nous sommes des milliards !" Je ne pus m’empêcher de dire à un de leurs militants que si cela se posait ainsi, cela ne serait pas difficile de gagner.
Si la CGT était la plus nombreuse, son cortège était davantage convivial que combatif. Les embrassades, les éclats de rire et les grandes bourrades viriles étaient bien plus nombreuses que la reprise des mots d’ordre écrits sur les banderoles : augmentation des salaires, des retraites, défense de l’emploi et des services publics.
Dans les autres cortèges syndicaux, c’était aussi silencieux. Seul un cortège syndical, animé par des militants de la FSU, au milieu des étudiants de l’IUFM appelait curieusement nos futurs enseignants à l’insurrection, et à jeter des pavés contre les députés, au Parlement, ce qui paraît un mot d’ordre curieux pour une organisation syndicale enseignante….
Des militants de NPA et du Front de Gauche (PCF et Parti de gauche de Mélenchon) distribuaient des tracts, tout au long du cortège, appelant à une autre Europe.
Une chorale de femmes assurait une animation musicale remarquable, allant de L’Internationale à Bella Ciao, en passant par le chiffon rouge.
Michel Vauzelle, président socialiste du Conseil régional Paca, remontait la manifestation, et serrait beaucoup de mains, paraissant très apprécié par les militants syndicaux.
Je n’ai vu qu’un élu affichant l’écharpe bleu blanc rouge, et aucun drapeau tricolore. Il est vrai que la seule fois, un 1er mai, où j’ai vu des drapeaux bleu blanc rouge en masse, cela était le 1er mai 2002, entre les deux tours de la présidentielle.
Le Pen étant au deuxième tour, toute la mouvance de la gauche socialiste, de SOS Racisme au MJS avait sorti, conseillée par Julien Dray, les drapeaux tricolores ! Pour une fois, une frange de la gauche contestait la Nation au Front national. Il n’y eut pas de lendemain.
Pourtant, quand j’entendais les militants défendre le service public, j’aurai trouvé bien qu’on fasse référence au Conseil National de la Résistance, à ses valeurs républicaines, et qu’on sorte le drapeau bleu blanc rouge.
Toujours sur le service public, j’aurais trouvé bien que les militants expliquent que la logique de Bruxelles, favorable à la libre concurrence et au libre échange, rend impossible toute défense du service public, et qu’il faut sortir de cette Europe, pour que cela redevienne possible. Seule la défense de la souveraineté nationale rend possible la défense du service public, et là encore, le drapeau bleu blanc rouge avait toute sa place, aux côtés des drapeaux rouges.
J’aurais trouvé magnifique que la chorale de femmes chante « La Marseillaise », et le « Chant des Partisans » entre l’Internationale et Bella Ciao.
J’aurais aimé, à cinq semaines des Européennes, entendre remise en cause la politique de Bruxelles, le viol de notre vote du 29 mai 2005. Pourquoi le mouvement syndical n’est-il plus capable de défendre une politique protectionniste qui s’oppose au libre échange voulu par les possédants ? Comment lutter contre les délocalisations, dans ce contexte ?
Quand je discutais – parfois vivement – avec des militants du NPA ou de Front de Gauche, les interpellant sur leur mot d’ordre « construire une autre Europe », en leur disant que c’était une imposture de laisser croire que cela soit possible, j’eus rapidement la confirmation qu’ils ne voulaient surtout pas qu’on puisse mettre en avant un mot d’ordre qui aurait remis au premier plan la défense de la République et de la Nation.
Ils préfèrent avancer des mots d’ordre totalement utopistes, au sein d’une Europe à 27, que de remettre la souveraineté populaire au cœur du mouvement social.
Pourtant, remettre la Nation au coeur du combat social, ce serait, pour les syndicalistes, la seule façon de protéger le salariat, français et étranger, des conséquences de la mondialisation libérale, dont l’Union européenne est le fidèle relais.
Pierre Cassen, Riposte Laïque
Lire l’article Vive la Nation ! de Georges Gastaud, paru sur le site du Comité Valmy :
http://www.comite-valmy.org/spip.php ?article236
Lire également cet article, également sur le site Valmy, écrit par un résistant FTP, intitulé : "Un torche-cul, le drapeau tricolore ?"
http://www.ripostelaique.com/Un-torche-cul-le-drapeau-tri...
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23/09/2007
De l'éclatement des nations à l'Europe des régions ?
Par Christophe Beaudouin
Les historiens qui, dans un lointain futur, chercheront à comprendre l'évolution géopolitique de l'Europe au début du XXIème siècle, auront de quoi être perplexes. Ils se demanderont sans doute pourquoi l'Europe a franchi une étape décisive vers le fédéralisme, au moment même où en son sein, le Royaume de Belgique voyait son propre Etat fédéral éclater. Ils se demanderont comment on a pu ne pas comprendre, à Bruxelles même, épicentre de l'unification européenne, les enseignements fournis sur place par ce pays laboratoire du fédéralisme ? Comment on a pu s'obstiner à tenter d'incorporer près de trente peuples sans doute bien plus différents les uns des autres que Wallons et Flamands... et ce, à l'instant précis où sous les fenêtres des institutions bruxelloises, la crise entre ces deux communautés démontrait la fragilité d'une fédération qui ne parvenait à devenir une véritable nation ?
Nos historiens futurs trouveront peut-être quelques réponses sur le blog militant du correspondant européen de Libé, Jean Quatremer, qui depuis quelques jours à Bruxelles, se réjouit de l'explosion annoncée de la Belgique. Bien qu'un récent sondage indique que seulement 40% des Flamands sont en faveur de l'indépendance, les responsables politiques néerlandophones souhaitent en effet la scission. La Belgique vit une crise de régime sans précédent, du fait de l'impossibilité depuis le 10 juin dernier de constituer un gouvernement fédéral, les partis flamands présentant des revendications autonomistes inacceptables pour les francophones. Dans un article du 3 septembre judicieusement intitulé "L'éclatement de la Belgique soluble dans l'Europe", M. Quatremer commence par rappeler avec force et justesse qu'"une éventuelle indépendance flamande ne serait nullement contraire à l'idée européenne". Mieux, il estime que "l'Union ne peut que soutenir la revendication flamande, celle-ci étant tout à fait légitime au regard des principes qui ont présidé à sa création".
Au-delà du fait qu'il est savoureux de voir Jean Quatremer en accord avec les nationalistes flamands, il faut admettre qu'il a raison au-delà même de la question belge : les autonomismes régionaux et l'européisme sont des alliés objectifs... du moins pour le moment. Tout ce qui peut travailler au détricotage des identités nationales - séparatismes, régionalismes, communautarismes multiples sans oublier l'immigration - devrait faciliter peu à peu l'effacement de ce qui reste d'identité, puis de souveraineté, en vue du grand basculement dans la "purée de marrons" supranationale.
Désintégration nationale et intégration européenne
Il s'agit d'un pari d'apprentis-sorciers. S'ils veulent d'ici quelques décennies, que l'Europe soit devenue un véritable "pays" composé de véritables "citoyens" européens, il faut commencer par faire table rase en sciant doucement les racines, souvent profondes, des nations actuelles.
Plusieurs instruments européens concourent à favoriser ces séparatismes, dont nous nous gardons bien ici de juger la légitimité. Il y a la petite dizaine de conventions et chartes du Conseil de l'Europe (charte des langues régionales etc.) qui tendent, derrière des apparences généreuses, à promouvoir une nouvelle carte politique de l'Europe dont ont disparu les frontières actuelles, à partir de fondements communautaristes ethniques et/ou linguistiques, bien analysés par l'historien Pierre Hillard. De même, le Comité des régions de l'UE créé par le Traité de Maästricht trouve sa raison d'être dans cette logique régionaliste favorisant l'éclatement des constructions politiques que sont les Etats-nations, et dont la France est l'archétype. Bientôt d'ailleurs, les fonds structurels européens devraient être directement distribués et gérés par ces "régions"... Citons enfin l'exemple de la Charte des droits fondamentaux bientôt contraignante, qui ouvre la porte des tribunaux à toutes les revendications communautaires, balayant la philosophie des droits et libertés fondamentaux conquis depuis la Révolution. Comme le rappelle Alain Finkielkraut « c'est contre le pouvoir des tribus que s'est constituée la pensée des droits de l'homme » (Le Monde, 25 octobre 1989)
Pour n'avoir pas compris que ce détricotage prendrait du temps, singulièrement en France mais pas seulement, les promoteurs du premier traité constitutionnel prirent une sévère déculottée le 29 mai 2005. Ils avaient eu l'imprudence et la naïveté d'afficher la couleur en l'intitulant sans ambiguïté "Constitution pour l'Europe" et en prévoyant des "lois européennes", un "Ministre des affaires étrangères de l'Union", la consécration d'un "hymne européen", d'une "devise européenne", d'un "drapeau européen", d'une "journée de l'Europe", en somme tout l'apparat sémantique de l'Etat, en l'occurrence du super-Etat. Le Président de la République de l'époque ayant eu le bon sens de le soumettre directement au peuple par référendum, l'affaire était pliée : les Français n'ont évidemment rien contre l'Europe, mais ils refusent l'obstination supranationale qui s'est accélérée depuis quinze ans, et menant à un Etat continental qu'ils ne reconnaissent pas.
Aidé de ses Vingt-six alter egos, son génial successeur à l'Elysée sauva la Constitution européenne en juin 2007, toilettant ce traité de toute cette sémantique constitutionnelle trop franche, pour mieux en conserver la substance, avant de le faire voter bientôt par une majorité de parlementaires qui lui doivent bien ça.
Une "bombe" ethnolinguisitique sous le sol européen
Entre temps, la Belgique en tant que telle n'existera peut-être plus et les dirigeants du reste de l'Europe n'y auront vu aucun avertissement quant à la pertinence de l'orientation fédérale européenne actuelle. A moins que plusieurs gouvernements particulièrement concernés n'y voient à plus court terme le risque d'un effet domino : après la scission de la Flandre, celle de la Catalogne ? de la Corse ? du Pays Basque ? de l'Italie du nord ? de l'Ecosse ?
Jean-Yves Camus, chercheur associé à l'IRIS, rappelle que l'Europe de l'Est est également touchée par les phénomènes séparatistes et pointe du doigt avec inquiétude la question du futur statut du Kosovo qu'il qualifie de "bombe placée sous le pied de l'Union européenne" - des Etats-membres plus précisément - dans la mesure où "si indépendance il y a, cela reviendrait à avaliser, là encore, l'idée selon laquelle, des Etats peuvent faire scission sur des bases purement ethnolinguistiques".
C'est donc la fin de la conception française de l'Etat-nation, qui réunissait des citoyens égaux en droit et devant la loi sans distinction autour de la res publica, ce vouloir-vivre ensemble qui surplombait les particularismes relevant de la sphère privée. Il n'y avait pas de minorités ethniques (pas plus que religieuses, régionales ou fondées sur l'orientation sexuelle) dans une nation comme la France qui n'est pas fondée sur la race. Mais "l'ethnicisme est un racisme", nous rappelle Alfred Grosser (Le Figaro, 13 septembre 2000). Et c'est ici, que les raisons qui conduisent à pousser à l'éclatement des Etats-nations en Europe deviennent troubles...pour ne pas dire suspectes.
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12/07/2007
L'identité nationale et la République
Dans une pétition, qui leur vaut la « Une » de Libération du 22 juin 2007, quelques 200 universitaires et intellectuels s'élèvent « contre la dénomination et les pouvoirs dévolus » au ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du co-développement.
Au cœur de leur protestation, il y a cette affirmation que, de leur « point de vue, l'identité nationale constitue, aujourd'hui, une synthèse du pluralisme et de la diversité des populations et ne saurait être fixée dans le périmètre d'un ministère. »
Cette thèse suscite plusieurs objections majeures.
On a parfois le sentiment que parler d'identité nationale, qu'affirmer sa fierté d'être français relèverait d'un positionnement politique d'extrême-droite, xénophobe et raciste. D'ailleurs, combien de fois, lors de la campagne électorale précédant le référendum sur le projet constitutionnel européen, ces qualificatifs ont-ils été jetés à la face des partisans du « Non » ? Aujourd'hui même, dans le débat qui nous occupe, ceux qui revendiquent la réalité d'une identité française ne sont-ils pas victimes d'une même stigmatisation ?
Situation étrange lorsque l'on sait que la plupart des initiateurs de la pétition et de bon nombre de ses signataires se revendiquent, par ailleurs, de l'anticolonialisme. Mais sur quoi ont reposé les mouvements de libération nationale, de l'Indochine à l'Algérie, de Madagascar à l'Afrique noire, sinon sur l'affirmation que la domination coloniale bafouait les identités des peuples et qu'il fallait mettre à bas ce système d'aliénation. Combien de fois, dirigeants nationalistes et militants anticolonialistes, pour justifier leur combat, ne se sont-ils revendiqués de la France des Lumières, de la Révolution française et de Victor Hugo, bref, d'une « certaine idée de la France » qui est la marque de son identité nationale, y compris pour ceux qui ont combattu sa domination.
Pourquoi alors s'enthousiasmer pour les luttes d'indépendance des autres peuples si on ne mesure le prix de sa propre indépendance... ? Pourquoi s'enflammer pour le destin national d'un peuple si on reste indifférent au sien ? Pourquoi se passionner pour les identités « Autres » si on nie la sienne...?
Il est, également, surprenant de défendre le droit du travail ou les services publics français – y compris son modèle universitaire – autres marques de l'identité nationale, lorsqu'ils sont mis en cause et, en même temps, combattre les principes sur lesquels reposent les notions de service public et d'exception culturelle à la Française.
Aujourd'hui, en France même, combien de communautés n'affirment-elles pas leur identité avec fierté, sans que nos pétitionnaires semblent y trouver à redire ? Fierté revendiquée des homosexuels lors des gay pride, fierté d'être Noir ou Arabe, fierté d'être Marseillais ou Breton. Mais être fier d'être Français voilà l'inadmissible !
Pour notre part, nous voulons situer notre attachement à l'identité nationale dans la double filiation de Marc Bloch et de Vidal de la Blache. L'historien, fondateur des Annales, écrivait qu'en mai 1940, « sur les hommes qui en ont fait leur chant de ralliement, la Marseillaise n'avait pas cessé de souffler, d'une même haleine, le culte de la patrie et l'exécration des tyrans. (…) Je n'ai jamais cru qu'aimer sa patrie empêchât d'aimer ses enfants ; je n'aperçois point davantage que l'internationalisme de l'esprit ou de la classe soit irréconciliable avec le culte de la patrie »L'étrange défaite, examen de conscience d'un Français). Le géographe, auteur du Tableau géographique de la France notait que « le mot qui caractérise le mieux la France est variété » et poursuivait : « La France oppose aux diversités qui l'assiègent et la pénètrent sa force d'assimilation. Elle transforme ce qu'elle reçoit. Les contrastes s'y atténuent ; les invasions s'y éteignent. Il semble qu'il y a quelque chose en elle qui amortit les angles et adoucit les contours ».
L'État ne devrait-il jouer aucun rôle dans la construction de l'identité nationale ? En réalité, dans ce domaine, l'État a toujours joué un rôle majeur, notamment :
-par la définition de l'espace de l'identité nationale avec la création des frontières de la nation française ;
-par l'imposition progressive, à partir de l'ordonnance royale de Villers-Cotteret (25 août 1539), d'une langue nationale, qui n'est pas seulement une façon de parler mais aussi une façon de penser ;
-par la construction d'une administration centralisée luttant contre les particularismes locaux ou provinciaux, des premiers âges de l'absolutisme royal à l'administration préfectorale ;
-par l'autonomisation croissante de l'État et de la société civile vis-à-vis des Églises, de la Renaissance à la loi de séparation de 1905, qui fait qu'aujourd'hui la laïcité constitue un des fondements de notre identité nationale ;
-par l'instauration d'une Instruction publique, dotée de programmes nationaux, et dont l'une des ambitions majeures était d'amener tous les écoliers, quelles que soient leurs origines sociales ou géographiques, à devenir des citoyens français et à en concevoir de la fierté ;
-par l'égalité de tous devant une justice commune ;
-par la distinction de plus en plus nette opérée entre Français et Étrangers, à partir du milieu du XIXe siècle, processus qui s'est accompagné par la définition des conditions d'accès de ces derniers à la nationalité française, notamment par la loi du 26 juin 1889.
Certes, l'État n'a jamais été le seul acteur de cette construction. Français et immigrés installés sur le territoire national y ont pris leur part, individuellement ou collectivement, notamment lors des révolutions, des révoltes et des mouvements sociaux : le suffrage universel, le droit du travail, le droit à la santé, etc. tout cela, qui constitue aussi des éléments de notre identité nationale, en est aussi le fruit. Sans leurs luttes, le droit de vote des femmes n'aurait pas fini par s'imposer, tout comme le droit à la contraception et à l'avortement.
Si l'identité nationale est une construction historique faite de synthèse, elle repose d'abord sur un héritage, sur la « possession d'un riche legs de souvenirs » (Ernest Renan). Dans L'identité de la France, Fernand Braudel écrit qu'une « nation ne peut être qu'au prix de se chercher elle-même sans fin, de se transformer dans le sens de son évolution logique, de s'opposer à autrui, de s'identifier au meilleur, à l'essentiel de soi (…) toute identité nationale implique, forcément, une certaine unité nationale ».
Loin d'être le résultat d'un processus spontané, l'identité nationale est un produit historique, c'est-à-dire une réalité construite par l'histoire et ancrée dans l'histoire. Dès lors, l'intégration des nouveaux arrivants au sein de la Nation a toujours constitué un défi : défi pour la Nation d'accueil qui doit intégrer des immigrés dont la culture, les coutumes, les valeurs spirituelles lui sont plus ou moins étrangères. Défi pour les immigrés qui doivent assimiler les valeurs de la Nation au sein de laquelle ils aspirent à vivre, ce qui signifie abandon d'une partie de leur propre identité. Il est indiscutable que les immigrés, à quelque période que ce soit, ont enrichi la France, par leur travail comme par leurs apports culturels. Mais il est tout aussi indiscutable qu'ils ont été progressivement conduits, voire contraints, de se fondre dans la société française, de devenir des Français.
N'est-ce pas Claude Lévi-Strauss qui écrivait «aux XVIIIe et XIXe siècles, (le) système de valeurs (de la France) représentait pour l'Europe et au-delà, un pôle d'attraction. L'assimilation des immigrés ne posait pas de problème. Il n'y en aurait pas davantage aujourd'hui si, dès l'école primaire et après, notre système de valeurs apparaissait à tous aussi solide, aussi vivant que par le passé (…) Si les sociétés occidentales ne sont pas capables de conserver ou de susciter des valeurs intellectuelles et morales assez puissantes pour attirer des gens venus du dehors et pour qu'ils souhaitent les adopter, alors, sans doute, il y a sujet de s'alarmer ».
« La synthèse des pluralismes et de la diversité des populations », chère à nos pétitionnaires ne relève donc pas d'un processus de fusion, elle ne constitue pas un alliage à égalité de proportion, mais un processus d'assimilation, tout à la fois contrainte et acceptée, dans un espace à la fois géographique, politique et mental, qu'on appelle la nation française. Une assimilation qui entraîne l'acceptation de normes et de règles qui s'imposent à tous, aux « vieux » Français, comme au nouveaux et à ceux qui aspirent à le devenir.
C'est cela qui constitue les « traditions démocratiques françaises » : la possibilité pour chacun de devenir citoyen du pays qui l'accueille, dès lors qu'il en adopte les principes fondamentaux et qu'il en accepte les règles.
Par conséquent, ce que souhaitent les pétitionnaires, dans leur appel au président de la République, ne relève pas des « traditions démocratiques françaises » qu'ils invoquent, mais, bien au contraire, leur tourne le dos : leur revendication conduit à ce que la République renonce à sa tradition assimilatrice au profit d'un multiculturalisme et d'un communautarisme destructeurs des valeurs universelles dont notre pays se veut le porteur.
Ce débat sur l'identité nationale montre que la République est, aujourd'hui, à une croisée des chemins. Deux voies sont proposées. La première, dans la perpétuation des « traditions démocratiques françaises », entend maintenir la République dans ses valeurs universelles, une République une et indivisible, laïque, composée de citoyens égaux en droits et en devoirs, assurant l'égalité des hommes et des femmes, etc. quitte à lutter pour que les réalités se rapprochent chaque jour un peu plus de cet idéal.
L'autre voie, qu'esquisse le texte de la pétition, jusque dans le vague de sa formulation, suggère d'abandonner l'universalisme républicain au profit d'une République de la cohabitation, du voisinage entre communautés, chacune disposant de ses valeurs, de ses normes, de son droit et de ses représentants.
Mais il convient alors, d'aller jusqu'au terme du projet. Dans cette « synthèse » qu'ils appellent de leurs vœux, jusqu'où les pétitionnaires poussent-ils le compromis ? Jusqu'où acceptent-ils que la France reconnaisse et accorde une place aux valeurs « du pluralisme » et à la « diversité des populations » ? Veulent-ils abandonner le Français comme langue nationale pour un multilinguisme ? Appellent-ils à une refonte des règles de la laïcité et de la loi de 1905 ? Renoncent-ils, au moins pour certaines populations françaises ou résidants en France, au principe de l'égalité entre les hommes et les femmes, en matière d'éducation, d'héritage, de droits au sein de la famille ? Acceptent-ils le droit à la polygamie ? Veulent-ils restreindre le champ du droit à la contraception et à l'avortement ? Veulent-ils légaliser l'excision et l'infibulation ?
Caricatures de notre part ? La notion de synthèse conduit pourtant bien à accepter certaines des valeurs de ceux qu'on veut intégrer et donc à renoncer à certaines de nos propres valeurs. Qu'est-ce qui, dès lors, est acceptable et ne l'est pas ? En fonction de quels critères objectifs ?
Il est trop commode, en effet, de rester au niveau des bons sentiments et de ne pas indiquer la portée pratique de ses positions de principes, surtout lorsqu'on engage une action politique, sous forme de pétition.
Par Daniel Lefeuvre, professeur d'histoire contemporaine, Université Paris VIII-Saint-Denis, et Michel Renard, professeur de lycée, historien ; Observatoire du Communautarisme
23:00 Publié dans Nation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : identité nationale, nation, immigration
06/07/2007
La Constitution européenne est de retour
Une Constitution remaquillée est toujours une Constitution. Bon connaisseur du débat institutionnel européen, M. Bourlanges s'émerveille du « traité modificatif » adopté le 23 aux petites heures : « Toute la Constitution est là ! Il n'y manque rien ! » ; et le Monde (24 et 25 juin) peut titrer : « Les symboles disparaissent, le fond reste ». Quelques jours après la fin du cycle électoral privant les Français de toute expression nationale avant longtemps, le sommet n'avait d'autre but que de reprendre le texte rejeté en 2005 en le remaquillant assez pour éviter un nouveau référendum. La manœuvre a donc réussi.
Je mets en garde les Français : ne nous laissons pas abuser par les malicieuses déclarations des partisans les plus acharnés de la supranationalité qui font mine de regretter la Constitution, ici quelques mots, là quelques symboles, ni par une presse dupée par le maquillage, qui évoque une victoire diplomatique de M. Sarkozy, comme si la France qui a dit Non sortait victorieuse de l'épreuve : en réalité les nonistes sont refaits, ce que montre toute étude précise dudit « compromis » et de ses cinq points- clefs
1-Personnalité juridique accordée à l'Union : point cardinal du fédéralisme qui permettait au texte Giscard de s'intituler Constitution, il est repris tel quel, certes discrètement. A lui seul, il crée en effet un nouvel Etat qui peut désormais être reconnu comme tel sur la scène internationale, ce qui permet de parler de nouveau de Constitution.2-Présidence stable de l'Union : si ce traité était ratifié, l'Union se trouverait aussitôt placée sous l'autorité d'un Président, réputé « stable » en raison d'un mandat allongé -de six mois à deux ans et demi, et vraisemblablement porté ensuite à 5 ans comme le mandat parlementaire européen. Surtout, ce Président est désormais indépendant de tout Etat –alors qu'il était auparavant un chef de gouvernement en exercice ; il sera doté dune autorité propre, ainsi que d'un secrétariat, puis d'un cabinet, etc.. gageons que cet instrument supranational se révèlera d'autant plus efficace que, la différence des autres institutions, il sera incarné…
3-Haut Représentant pour la politique étrangère : comme l'a avoué imprudemment Nicolas Sarkozy lors de son allocution télévisée du 20 juin, c'est un « ministre des relations extérieures sans le nom » ; mais, à l'instar du texte Giscard, il sera dès 2009 vice-président de la Commission, ce qui lui donnera un grand poids auprès des autres Commissaires, et se verra doté d'un « service diplomatique » -en clair d'ambassades, les quelque 120 actuels bureaux de l'Union dans les capitales étrangères étant débaptisées et étoffés, leurs agents bénéficiant, (grâce à la personnalité juridique) d'immunités et privilèges diplomatiques. A terme, lorsque ce super-ministère aura pris son allure et son poids, les ministères nationaux seront marginalisés, ce que symbolise déjà la délocalisation du Quai d'Orsay annoncée par M. Kouchner. Quand à la référence à l'OTAN, elle peut disparaître puisque le nouveau texte renvoie explicitement au traité de Maestricht, dont le titre V fixait que « Les Etats veillent à la conformité de leurs politiques nationales avec les positions communes » (art. J-2), et précisait que celles-ci devaient être compatibles avec « les cadres de l'OTAN ». A la politique étrangère commune, il manquait un instrument : le voici.
4- Décisions à la majorité qualifiée. Quel que soit le mode d'adoption (système de Nice ou système appliqué partir de 2014), l'essentiel est que le cercle des questions échappant à l'unanimité s'élargisse considérablement ; outre les affaires communautaires (politique agricole, commerciale, douanière et, surtout, industrielle -dite « de concurrence », où la commission est pleinement compétente), il inclut quarante nouveaux domaines, les uns d'ordre économique (marché intérieur, énergie, recherche, politique sociale « partagée » avec les Etats) et d'autres plus régaliens : coopération judiciaire en matière pénale, porte ouverte au Parquet européen, et coopération policière, amorce d'une « police fédérale » . Désormais, la compétence de l'Union concerne quelque 70 domaines, soit l'essentiel des décisions et de la responsabilité politique -manquent encore la culture, l'éducation… Schéma fédéral classique, d'autant que le compromis de Luxembourg permettant à un Etat d'invoquer ses intérêts vitaux, dont le candidat Sarkozy avait fait grand cas au cours de sa campagne, n'apparaît plus : une décision adoptée à la majorité s'appliquera dans tous les cas, et même un Etat qui n'y est pas favorable devra le mettre en œuvre sous peine de sanctions. Régime de fer, dont plusieurs Etats s'exemptent : la Grande-Bretagne, l'Irlande et le Danemark ; pas la France.
5-Charte des droits fondamentaux. Elle s'applique désormais de droit (sauf pour la Grande-Bretagne, qui jouit d'une dérogation) ; non reprise in extenso, elle fait cependant l'objet d'une référence dans le texte, ce qui en droit revient au même –d'autant que le droit est ici interprété par la très supranationale Cour de Luxembourg. Ses dispositions justifient les critiques que nous avions développées en 2005 : comment admettre par exemple le droit pour tout citoyen de saisir la Cour européenne des Droits de l'Homme aux fins de condamner un Etat pour non respect de principes très généraux -tel celui de l'égalité, qui inspire déjà la reconnaissance de l'homoparentalité ou du mariage homosexuel, ou celui de la liberté religieuse contre un Etat appliquant une législation laïque –telle la loi sur le voile ?
Il n'est pas question d'accepter un tel traité ; contrairement à ce que prétend une propagande bien orchestrée, les concessions aux souverainistes n'en sont pas. Certes, ne figurent plus les symboles de l'Union, drapeau, hymne et devise ; mais ils ont déjà été adoptés en Conseil et s'imposent sans qu'il soit besoin de les rappeler. Il en va ainsi de l'ancien art.6 du texte Giscard posant la supériorité de la norme européenne sur la loi nationale : si celle-ci ne figure plus dans le traité proprement dit, il y est cependant renvoyé explicitement dans une déclaration additionnelle, qui elle même rappelle la jurisprudence de la Cour de Justice, ce qui revient au même. D'ores et déjà, outre les juges de Luxembourg, toutes les juridictions nationales admettent la supériorité du droit européen, écartant lois françaises, principes et dispositions constitutionnels chaque fois qu'ils entrent en contradiction avec une norme européenne. De même, c'est une escroquerie intellectuelle de prétendre, comme le fait M. Sarkozy, que le principe de « concurrence libre et non faussée » a disparu du traité, puisque celui-ci renvoie à un protocole additionnel qui le proclame, et le présente même comme un « instrument politique majeur » au service des objectifs du nouveau traité –la gauche semble n'y voir que du feu. Habiletés qui sont autant d'escroqueries morales, la pire étant de nommer traité simplifié un texte qui crée juridiquement un Etat et lui attribue de nombreuses compétences: il s'agit bien d'une Constitution, moins ronflante que le texte Giscard et d'autant plus habile.
Il y a deux ans, les supranationaux étaient décontenancés par le double non français et hollandais ; nous savions qu'ils chercheraient une parade. Elle fut simple et terrible : le problème venant de la France, c'est elle et ses Français qu'il fallait circonvenir ; pour les oligarchies européennes, il aura suffit d'attendre l'élection présidentielle et de trouver un homme assez rusé pour s'imposer, avec leur aide, et capable, une fois doté d'une fraîche légitimité d'annihiler en leur nom le non des Français : la supercherie a parfaitement fonctionné. Restait à faire quelques concessions aux récalcitrants : un plus long délai pour la consultation des parlements nationaux, à la demande des Pays-Bas (et de partis danois) ; la prolongation pendant dix ans d'un système de pondération des voix qui avantage beaucoup une Pologne qui, elle, s'est bien battue –essuyant des quolibets innombrables : on moqua une phrase de son Président rappelant que, sans l'agression allemande de 1939, la Pologne aurait aujourd'hui quelque vingt millions d'habitants supplémentaires : un pays qui en détruit un autre peut-il, soixante ans plus tard, arguer de sa faiblesse pour le faire taire ? Il est vrai que l'habitude est désormais installée de tourner dérision tout pays qui prétendra affirmer ses droits et ses principes.
Il y a quelque chose d'insupportable dans l'actuelle fanfaronnade de M. Sarkozy assurant que « en un mois et demi, il s'est passé plus de choses qu'en deux ans », ce qui est vrai : il s'est passé ceci que la France a été trahie par un ensorceleur qu'elle a pour son malheur placé à sa tête et qui peut désormais parler en son nom. Ceux qui, en votant pour M. Sarkozy ont permis cette supercherie portent une lourde responsabilité devant notre histoire.
J'appelle solennellement les Français qui ont dit Non à déjouer les propagandes –d'abord pour eux-mêmes ; je les appelle à étudier de près les informations qui filtreront de la prochaine Conférence intergouvernementale et le texte définitif signé en octobre; je les appelle à se mobiliser pour exiger que sa ratification soit soumise à référendum ; je les appelle à exiger pour la France un statut à tout le moins comparable à celui de la Grande-Bretagne, et des protections pour les droits, les principes et les intérêts de la France et des Français – et d'abord le respect de la démocratie, c'est à dire de la souveraineté populaire, dont on ne voit que trop qu'elle disparaît avec la souveraineté nationale ; je les appelle à agir sur les partis ou les solidarités diverses qui peuvent permettre de faire barrage lors du Congrès qui devra modifier une nouvelle fois notre Constitution ; je les appelle à manifester les troisièmes vendredis de chaque mois, à compter du 19 octobre, quelles que soient leurs opinions ou leur inclinations, pourvu qu'ils soient attachés à la survie de la France comme Nation libre parmi les Nations du monde.
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02/07/2007
A propos de l'identité nationale
Puisque nous avons un ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement, il n’est pas mauvais de commencer par interroger cette notion un peu obscure d’identité nationale.
On sait que la campagne électorale a l’objet de quelques envolées lyriques et de quelques clowneries autour de cette question. C’est l’actuel président qui a lancé l’affaire en mettant la nation au centre de plusieurs discours et même en récupérant toutes sortes de grandes figures de l’histoire nationale, y compris les figures tutélaires de la gauche : Jaurès, Blum ou le jeune communiste fusillé par les nazis, Guy Môquet. De l’autre côté, pour n’être pas en reste, on s’est sitôt mis à agiter le drapeau tricolore et à chanter la Marseillaise dans les réunions électorales. Un vague débat s’est même esquissé où l’on a fait mine d’opposer deux conceptions de l’identité nationale. Je crois que c’est l’idée elle-même qu’elle faut questionner et c’est seulement à ce prix que l’on peut, le cas échéant la reprendre.
Dans « identité nationale », il y a identité. Commençons par quelques remarques concernant la notion d’identité elle-même.
L’identité n’est pas une chose ni une propriété, mais une relation. Je suis un homme ou une femme, je suis noir ou blanc, mais je ne suis pas identique. On ne peut être identique qu’à quelque chose. Deux choses sont identiques si elles sont indiscernables ou du moins indiscernables sous certains rapports qu’on estime pertinents. Par exemple quand on décline son identité, on établit une relation entre l’individu physique présent et une personne reconnue par les autorités légales.
On peut également définir l’identité comme la permanence. L’homme âgé et le jeune homme ne sont pas la même chose et pourtant il y a quelque chose qui est préservé qui est précisément leur identité. En quoi consiste cette chose préservée, c’est une question philosophique sérieuse qu’on ne va pas aborder ce soir. Préserver son identité, c’est donc rester identique à soi-même, c’est rester soi ! Voyons ce que cela donne quand on applique ces esquisses de définition à l’identité nationale.
Il y a dans cette expression une première ambiguïté. Quand on parle de l’identité personnelle il n’y a aucun doute, on parle du rapport de la personne à elle-même : « -Qui êtes-vous ? - je suis X, né le ... » Ou encore « - je suis qui je suis, je suis qui j’étais, je suis qui je serai. » Mais pour l’identité nationale, on ne sait pas trop à quoi se rapporte l’adjectif national. Il peut s’agir :
(1) De l’identité des individus qui composent une nation et qui le composent précisément parce qu’ils sont identiques en quelque chose.
(2) De l’identité de la communauté humaine qu’on appelle nation.
Le mot « nation » lui-même est porteur de cette ambiguïté. La nation renvoie à latin nascor, natum, au fait de naître. La nation regroupe tous ceux qui ont quelque chose de commun par naissance. Mais cette définition est de la mythologie pure et simple. On apprenait jadis aux enfants « nos ancêtres, les Gaulois », mais c’est de l’histoire à peu près aussi sérieuse que l’histoire du Proche-Orient racontée par la Bible. Toutes les nations, sans exceptions, sont faites de l’amalgame de peuples qui se sont rencontrés, entretués et embrassés. Tout le monde sait que les Italiens ne sont pas des descendants de Romains, ni même des descendants de Romains croisés d’Étrusques, mais aussi des Lombards (c’est-à-dire des sortes de Goths), des Normands, des Arabes, des Espagnols, des Grecs ... et tutti quanti. Les Allemands ne sont pas plus des Germains que les Français des Francs. Les nations ne sont pas non plus des unités linguistiques : ni l’Italie, ni l’Espagne, ni la Suisse, ni la Grande-Bretagne, ni même la France et l’Allemagne ne sont des unités linguistiques : l’Allemand souabe et l’Allemand berlinois sont très différents sans parler ce qui parlent encore le « Hochdeutsch », c’est-à-dire un dialecte néerlandais, en Frise. On pourrait poursuivre ainsi très longuement pour dire ce que n’est pas la nation. Au point qu’on pourrait que penser que comme Dieu dans la théologie négative on ne puisse la désigner que par des négations ! En tout cas, on peut réfuter en son fonds la définition qu’en donnait Staline : « La nation est une communauté humaine stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique qui se traduit par une communauté de culture. » (in Le Marxisme et la question nationale)
A l’arrière-plan des discours de M. Sarkozy, il y a incontestablement ce genre de définition de la nation, mais si elle est « historiquement constituée », une nation n’est pas une communauté stable, ni une communauté de langue, ni une communauté de territoire et encore moins cette chose bizarre que Staline appelle « communauté psychique ». Il faut donc, et c’est le plus raisonnable, renoncer à essayer de définir la nation par ce qu’il pourrait y avoir d’identique chez tous les membres de cette nation. De cette première conclusion, on peut déduire quelques propositions :
(1) L’intégration d’un individu « né ailleurs » dans une nation ne peut aucunement être la transformation de cet individu au point qu’il puisse s’identifier au modèle national, c’est-à-dire à l’individu-type. Pour faire un bon Français, il n’est pas nécessaire de porter un béret et de se promener avec une baguette de pain sous le bras... Les tests de bonne francité qu’on imposer pour le regroupement familial n’ont aucun sens ... d’autant que bon nombre de Français « de souche » (de laquelle, c’est une autre affaire) ne manifestent qu’un maîtrise très approximative de la langue française et ignorent superbement la culture et les « valeurs » de la France (à condition qu’on soit capable de définir ce qu’on entend par là).
(2) L’identité nationale ne découlant pas de la naissance il est donc clair que la nation est une entité historique et comme telle, à la fois un produit et un acteur de l’histoire. Les Français du XXIe siècle différent profondément de ceux du XIXe, et en diffèrent sans doute plus qu’ils ne diffèrent des Italiens ou des Belges du XXIe siècle.
Est-ce à dire que la notion d’identité nationale est dépourvue de sens ?
Si la définition de l’identité nationale par l’identité des propriétés partagées par les individus la composant est une définition intenable, il reste pourtant possible de donner un sens à la notion d’identité nationale.
L’identité nationale est tout simplement la revendication d’appartenance à une nation, non pas une nation définie en termes « naturalistes », mais une nation définie comme une « communauté de vie et de destin », pour parler comme Otto Bauer, dirigeant socialiste autrichien jusqu’aux années 30 et auteur d’un ouvrage remarquable, La question des nationalités et la social-démocratie, publié chez EDI en 1987 et toujours disponible.
Les hommes sont des animaux « politiques » disait Aristote. Ils ne sont pas individus que se sont faits eux-mêmes ; ils n’existent et ne peuvent exister que dans des communautés politiques, que les Grecs appelaient « cités », les Romains « république » nous « nations ». Ces nations sont constituées par un ensemble de relations entre les individus et entre les groupes humains relativement stables dans le temps, bien que susceptibles de nombreuses transformations, relations qui unissent ces individus et ces groupes et les séparent des individus et groupes qui ne font pas partie de ces relations.
Je vais essayer d’expliquer rapidement ce que j’entends par cette définition en prenant - avec les précautions d’usage - une analogie. Un individu humain, un corps n’est pas un ensemble d’éléments identiques (ils sont au contraire très différents), ces éléments ne sont pas permanents (presque toutes nos cellules se renouvellent sur un cycle de deux ans), de nouveaux éléments apparaissent, la forme générale se modifie avec le temps, mais il y a un substrat relationnel stable entre tous ces composants et c’est ce substrat qui définit l’identité de l’individu. Par analogie, on peut dire qu’une nation, c’est cela : « un ensemble d’individus, eux-mêmes très composés », comme dirait Spinoza.
Qu’est-ce qui fait une nation et donc qu’est-ce qui permet de parler d’identité nationale ?
C’est qu’elle unit à travers le partage de relations (les conflits étant aussi des relations !) et qu’elle sépare ! Quand ces relations sont suffisamment développées pour que la question soit posée de la commune décision de notre avenir, cette nation est aussi un espace public, c’est-à-dire un espace politique au sens propre. Quand Bauer parle de « communauté de destin », il vise juste : nous sommes unis parce que nous pensons que nous avons une destinée commune. Et l’appartenance à la nation n’est rien que le fait d’assumer une commune destinée, c’est-à-dire que les affaires politiques nationales et internationales deviennent mes affaires !
Cette conception de la nation, Ernest Renan lui a donné une expression célèbre que je vais rappeler. Dans une conférence du 11 mars 1882, faite en Sorbonne, Renan met en garde contre les erreurs classiques sur la nation :
« De nos jours, on commet une erreur plus grave : on confond la race avec la nation, et l’on attribue à des groupes ethnographiques ou plutôt linguistiques une souveraineté analogue à celle des peuples réellement existants. »
S’appuyant sur l’histoire et la littérature française, il montre que
« L’idée d’une différence de races dans la population de la France, si évidente chez Grégoire de Tours, ne se présente à aucun degré chez les écrivains et les poètes français postérieurs à Hugues Capet. »
Il arrive à cette définition fameuse, à juste titre :
« Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie. »
L’identité nationale n’est pas une norme dans laquelle on fait rentrer de gré ou de force les individus mais un acte politique. Si, comme on doit le faire, on abandonne la définition naturaliste de la nation, il faut dire que la nation est bien le nom moderne de ce que les Grecs appelaient « polis » et les habitants, les membres de la nation sont des « citoyens ». Les citoyens ne sont pas seulement des individus privés (cette réunion d’hommes mis les uns à côté des autres que les Grecs appelaient un « laos » et que nous traduisons par peuple) mais aussi et surtout des individus réunis politiquement par des droits et des devoirs en rapport avec les affaires communes, ce que les Grecs appelaient un « demos » et que nous traduisons aussi par peuple...
De ce que je viens dire, il se déduit qu’il y a un bon et un mauvais usage de l’identité nationale.
On pourrait dire : « les frontières, on s’en fout », envoyer au diable les nations et les États-nations et se proclamer citoyen du monde - cosmopolite, au sens étymologique. Il est du reste assez surprenant d’entendre ce genre ce discours dans des mouvements qui se sont dits opposés à la mondialisation (« no global ») ! Au cosmopolitisme, je crois qu’il est raisonnable d’opposer l’internationalisme, l’internationalisme qui reconnaît les nations - pour qu’il y ait solidarité entre les nations, il faut bien qu’il y ait des nations ! Hannah Arendt disait que les frontières nationales constituent en quelque sorte les murs qui soutiennent le monde et l’abolition des frontières nationales prépare tout simplement l’effondrement du monde.
Je vais en donner quelques raisons.
(1) Un État mondial n’est ni possible ni souhaitable. L’unification du monde sous un pouvoir politique commun signifierait d’un côté la croissance du pouvoir de contrôle policier et militaire et l’homogénéisation des règlements, des lois, des cultures, des systèmes politiques. C’est d’ailleurs ce à quoi tend le capitalisme dans sa dynamique actuelle et c’est pourquoi je ne suis pas « altermondialiste » mais bien « anti-mondialisation ». En outre, si un tel État mondial existait, le problème des réfugiés politiques ne poserait plus car nous n’aurions plus nulle part où nous réfugier ! Comme le disait Kant, l’État mondial serait ou anarchique ou tyrannique et sûrement les deux à la fois.
(2) La nation est la bonne médiation entre l’universel abstrait qu’est la « citoyenneté du monde » et l’enfermement dans la particularité « naturelle ». Le monde, c’est trop grand, mais la tribu, la famille, l’ethnie (mot politiquement correct pour « race »), c’est la réduction de la vie humaine à la naturalité. La nation est universelle parce que politique et parce que c’est aussi un modèle universel de communauté auquel les peuples qui veulent devenir libres aspirent toujours ; mais c’est en même un universel particulier, lié à une histoire commune, des traditions, des valeurs communes.
(3) Le « droit des nations » a été des étendards et de l’entrée dans la modernité et de la liberté politique. « Vive la nation ! », c’était le cri des révolutionnaires à Valmy. La défense de la nation a été en deux moments importants de notre histoire récente le point de départ des plus grands mouvements révolutionnaires, je pense à la Commune de Paris et à la Résistance. Aussi arbitraire que puissent être les frontières nationales, et, en tant que produits historiques, elles sont arbitraires, elles et elles seule rendent possibles l’exercice de la liberté politique. Elles ne suffisent évidemment pas à cela, mais elles en sont la condition nécessaire.
Quelles conséquences ?
(1) Une nation a le droit et le devoir d’avoir une politique de l’immigration, parce qu’elle a le devoir et le devoir de déterminer ses frontières et de dire qui peut ou ne peut pas faire partie de l’association politique. La question à discuter est de savoir quelle politique !
(2) Une nation a le droit de défendre sa propre culture, l’idée qu’elle se fait d’elle-même, etc. Le devoir d’hospitalité est toujours un devoir qui se heurte à d’autres impératifs comme celui de se conserver soi-même. La question est de savoir quelle idée nous nous faisons de cette culture à protéger !
Denis Collin, La Sociale
17:40 Publié dans Nation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nation, identité nationale, immigration
16/04/2007
Le Pen est indigne de la Nation
Je n'aime pas Nicolas Sarkozy, son caractère et son projet pour la France. Je n'irai jamais voter pour lui et je n'aurai jamais de cesse de le combattre. Pour autant, je ne me suis jamais rabaissé à s'en prendre à son physique, et encore moins à ses origines. C'est petit, ridicule et ignoble.
Parmi ses adversaires à la présidentielle, un a pourtant osé s'attaquer à ses origines. Ce bonhomme, c'est Le Pen, et ce n'est guère une surprise. Dimanche, il s'est en effet posé en "candidat du terroir" face à Nicolas Sarkozy, qu'il a qualifié de "candidat qui vient de l'immigration". Il a également considéré comme "un atout" le fait d'être "français de souche" pour prétendre à la présidence de la République. Pour lui, le chef de l'Etat est "héritier en quelque sorte de la longue lignée de chefs de l'Etat en France".
Le Pen n'avait pourtant eu de cesse ces derniers mois de draguer les français "issus de l'immigration", les assurant qu'ils seraient toujours considérés comme des français à part entière au cas où il viendrait à être Président de la République. Toute une propagande s'était même mise en place. De sa suppléante "martiniquaise" des années 50 à la "beurette" à la culotte rose en passant par le passage en revue de tous les "musulmans", "noirs", "antillais", etc. membres du Front National. Tout y passait. Le Pen n'était pas raciste. Il était même l'homme de la réconciliation entre les "çais-fran" et les "gaulois" (sic) !
Pourtant, on a beau chasser le naturel, il revient toujours au galop, comme on dit ! Pour Le Pen, il y a donc bien des français qui sont plus français que d'autres. Et lui doit évidemment être au-dessus de cette hiérarchie ! Il est "du terroir", lui ! Et tous ses aïeuls l'étaient évidemment depuis la nuit des temps ! Et nous pouvons être certains qu'il n'y a jamais eu dans son famille le moindre immigré celte, wisigoth ou franc ! Ah que oui, Le Pen est un autochtone, un vrai de vrai ! Et nous pouvons être certains qu'avec lui comme Président, nous aurons un véritable français "de souche", comme l'était par exemple Clovis, Charlemagne ou Napoléon !
Mais vous l'aurez bien compris, tout français est immigré. La terre sur laquelle nous vivons a été une éternelle terre de brassage, qui a connu des vagues incessantes de migrations. Les celtes en furent les premiers "immigrés", tout comme plus tard les francs. Se revendiquer "de souche" ou "autochtone" est une totale aberration. La nation française s'est toujours fondée autour d'un sentiment d'appartenance. Longtemps, cette appartenance s'est réalisée autour d'un Roi, qui n'entendait faire qu'un avec la Nation. La Révolution enleva le Roi, mais sublima encore bien davantage cette idée de la Nation. Le sentiment d'appartenance n'était plus lié à une personne, sacralisée, mais désormais à des valeurs.
Est français celui qui entend être comme tel. Peu importe d'où nous venons, peu importe ce à quoi nous ressemblons, nous pouvons tous être français, par amour, par attachement et par respect. La Nation ne reconnaît que le coeur de ses membres.
Longtemps, Le Pen a salit cet amour de la Nation. Il s'en est accaparé, avec l'oeil bienveillant de pas mal de lâches, pour des intentions haineuses, pour des visées racistes. Il a ainsi marqué d'infâmie tous ceux qui étaient un tant soit peu concerné par l'objet "national", tous ceux qui se considéraient comme "patriotes". Peu à peu cette infâmie recule, mais le chemin est encore long.
Le Pen a fait trop de mal aux français, à la France. Il est indigne d'être Président de la République, car en réalité il n'aime pas la France, il n'aime qu'une certaine vision de la France, qui n'a d'ailleurs jamais existée... Pour être un bon Président de la République, la nécessité n'est pas d'être "de souche", mais d'être rassembleur ! Ce qui n'est pas son cas... ni celui de Sarkozy d'ailleurs !
Thimèle, L'Action Républicaine
00:40 Publié dans Nation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : le pen, république, nation, présidentielle, sarkozy
01/04/2007
"Fier d'être français"
"Il faut bien que quelqu’un monte sur le ring et dise : « Je suis fier d’être français. »Qu’il réponde à ceux qui condamnent la France pour ce qu’elle fut, ce qu’elle est, ce qu’elle sera : une criminelle devenue vieillerie décadente. Or nos princes, qui devraient la défendre, au lieu de pratiquer la boxe à la française, s’inspirent des lutteurs de sumo ! Comment ne pas chanceler dans ces conditions ? Et les procureurs de frapper fort. Ils exigent que la France reconnaisse qu’elle les opprime, qu’elle les torture, qu’elle les massacre. Seule coupable ! Pas de héros dans ce pays ! Renversons les statues, déchirons les légendes. Célébrons Trafalgar et Waterloo, et renions Austerlitz ! Ils veulent que la France s’agenouille, baisse la tête, avoue, fasse repentance, reconnaisse ses crimes et, tondue, en robe de bure, se laisse couvrir d’insultes, de crachats, heureuse qu’on ne la « nique »qu’en chanson et qu’on ne la brûle que symboliquement chaque nuit ! Il est temps de redresser la tête, de hausser la voix, de monter sur le ring... et de boxer à la française !"
Max Gallo, Fier d'être français, Paris, éd. Fayard, 2006
00:05 Publié dans Livres à lire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nation, patriotisme, fier d'être français, max gallo
31/03/2007
Vive la Nation !
Ségolène Royal est une criminelle. Elle a osé commettre l'impardonnable, l'ignoble. Elle a osé parler de Nation. Elle a osé la réhabiliter, elle a osé également réhabiliter La Marseillaise, le drapeau tricolore ! Quelle honte ! N'aurait-il pas valu mieux laisser tous ces symboles républicains, j'ai bien dit républicains, qui appartenaient jadis à tous les français, aux seuls extrémistes de droite ?! C'est en tout cas ce que semble laisser croire une certaine gauche et un certain centre.
Pour ces gens-là parler de Nation est un crime. Ils se trompent autant qu'ils sont irresponsables. Non, la Nation n'est pas synonyme de nationalisme ! Non, parler d'identité nationale n'implique pas la xénophobie et le racisme ! Ce que fait Ségolène, et je l'en remercie, c'est de dessaisir de l'extrémisme de droite le monopole du droit à parler de la Nation, du droit à jouir des symboles de la Nation. Elle ne banalise donc en rien des thèmes typiques de l'extrême-droite ! La Nation, La Marseillaise et le drapeau tricolore ne sont pas sortis du chapeau de Le Pen ou de Pétain ! Ils se les sont justement accaparés à leurs seuls profits ! L'extrême-droite a assez salit le thème de la Nation et de ses symboles ! Il est enfin temps d'y mettre fin !
Bien que cela ne remette pas en cause la plupart de ses convictions, que je ne partage pas, les intentions de Ségolène sont ici salutaires ! La droite qui parle de Nation, ça n'a jamais été quelque chose d'exceptionnelle, mais la gauche, censée être progressiste, censée être du côté du peuple, voilà quelque chose qui est à la fois logique et exceptionnelle, et qui l'honore !
Marie-George Buffet a raison de dire que La Marseillaise et le drapeau tricolore sont des symboles qui appartiennent, non pas à un parti, mais au peuple ! Mais si les politiques ne font rien contre l'accaparement qu'en fait l'extrême-droite, comment le peuple pourrait-il être encore fier de ces symboles ? Quand Ségolène déclare souhaiter que chaque français ait un drapeau tricolore chez lui, quand Ségolène fait chanter La Marseillaise dans ses meetings, cela fait un bien fou à tous les français attachés à tous ces symboles, et qui en avait pourtant honte, à cause d'une pensée unique qui leur a fait longtemps croire que tout cela faisait partie du patrimoine de la seule extrême-droite !
Sarkozy, communautariste jusqu'à ce que Henri Guaino écrive ses discours, a lui aussi, au cours de la campagne, parler d'"identité nationale". Tout cela aurait pu être aussi salutaire. Seulement que nous dit-il à côté ? Qu'il faut créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale ! Que la France, on l'aime ou on la quitte ! Sarkozy ne semble pas avoir compris que le patriotisme, c'est l'amour, que la Nation, c'est une communauté ouverte à tous ! La haine, l'exclusion, l'affrontement, la stigmatisation n'ont rien à voir avec tout ça ! Ce que fait Sarkozy, c'est banaliser une idée qu'il considère comme extrémiste, alors que c'est tout le contraire ! Non, Le Pen ne doit et ne sera jamais un modèle pour ceux qui aspirent à défendre la Nation et le patriotisme. Qu'on cesse de souiller le patriotisme avec leur nationalisme !
Alors paraît-il, ce souci de l'identité nationale, si important aux yeux des français à l'heure de la mondialisation et de la construction européenne, ne semble être qu'une question désuète, sans importance ! Et Bayrou qui déclare qu'il ne laisserait pas "déraper" (excusez du peu !) cette campagne électorale sur les thèmes de l'immigration et de la Nation, tout ceci n'étant qu'une "obsession nationaliste", qu'il faut laisser au seul candidat Le Pen ! Savoir qui nous sommes, savoir qu'est-ce qui nous rassemble, nous français, en effet ce ne sont que des questions sans importance ! Il ne faudra pas après se plaindre que le borgne soit au second tour !
Alors, préviens d'autre part José Bové, scandalisé par les propos de Ségolène, "nous ne laisserons pas détourner la campagne présidentielle de ce qui doit être ses objectifs: répondre aux urgences sociales, écologiques et démocratiques par une 'insurrection électorale' contre le libéralisme et ses ravages". Il n'a pas tort... Seulement tout est lié à la question nationale ! C'est justement quand la Nation, cadre idéal d'existence, et garante de l'émancipation de chacun, s'effrite que les idéologies les plus abjectes se répandent. Comment voulez-vous ainsi changer les choses si vous ne vous appuyez pas sur la Nation ?! Elle est le cadre, non pas ultime, mais premier, de toutes les luttes, de tous les combats ! Nier la dimension nationale de tous ces problèmes, c'est se résoudre à l'échec.
Il est bien entendu que le patriotisme ne se réduit pas à l'affichage de symboles. Le plus grand acte de patriotisme que pourraient nous faire nos politiques, ce serait de nous respecter, nous le peuple, qu'ils entendent représenter. Quand j'entends par exemple Sarkozy déclarer vouloir faire adopter par le Parlement un Traité Constitutionnel que nous avons refusé ou encore que le référendum est un exercice de démagogie, je ne peux que constater qu'il est indigne de la fonction qu'il convoite ! Et qu'il faut l'en écarter à tout prix !
Alors oui, vive la Nation, libre, intégratrice et fière !
Thimèle, L'Action Républicaine
20:33 Publié dans Nation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nation, marseillaise, royal


